Comment se déroule un stage de recherche en écologie ?
Cette étudiante en école d’ingénieurs en biotechnologies raconte ses deux mois au Laboratoire de biométrie et biologie évolutive, à Villeurbanne.
Elle y a étudié la production de glands chez les chênes et leur infestation par des insectes, en associant analyses de données, travail en forêt et observations au laboratoire.
Ce témoignage fait partie de notre recueil de retours d’expérience sur les stages et mémoires d’étudiants en environnement. La parole est laissée à l’étudiante pour raconter son parcours, ses missions et ce qu’elle retient de cette expérience.
Quelle formation suivez-vous et pourquoi l’avez-vous choisie ?
Depuis le lycée, je m’intéresse beaucoup à la biologie et au fonctionnement des écosystèmes. Plus particulièrement, je souhaitais faire de la bio-informatique car j’aimais aussi la programmation, mais sans vraiment en connaître les applications…
Je me suis donc lancée dans une formation d’ingénieur en biotechnologies, en espérant me former à la bio-info !
Dans quelle structure l’avez-vous réalisé ?
En deuxième année, je devais réaliser un stage de 2 mois pour ma formation, et c’est lors de la fête de la science que j’ai découvert le labo de Biométrie et Biologie Évolutive à Villeurbanne. Il présentait comment, en modélisant les dynamiques de populations d’animaux, ou en faisant des statistiques sur la reproduction des arbres, on pouvait mieux comprendre le fonctionnement des écosystèmes.
J’ai beaucoup aimé voir les applications directes qu’avaient leurs recherches : en conseillant l’Office National des Forêts, ou en attirant l’attention sur l’effet de pollutions sur des poissons par exemple. C’est comme ça que j’ai commencé mon stage sur la reproduction du chêne et l’infestation des glands !
Quelles méthodes, techniques ou outils avez-vous utilisés ?
Dès le début, j’ai appris une chose que j’ignorais : les chênes, tout comme les hêtres, peuvent synchroniser les années où ils produisent des glands ou non. Et ils peuvent aussi varier l’intensité de cette production de fruits : il y a par exemple des années où l’on ne retrouve presque aucun gland, et d’autres où le sol en est couvert !
Or, le sujet de recherche de mon stage était : est-ce qu’il y a un intérêt évolutif pour une espèce à s’abstenir de produire des fruits ?
Dans un contexte de changement climatique, où les arbres se régénèrent plus difficilement, il est très important de mieux comprendre leur reproduction et ce qui l’entrave. Ici, je travaillais sur l’impact des insectes phytophages, qui pondent dans les glands et empêche leur germination.
Au cours de mon stage, j’ai donc analysé les statistiques sur les données de production et d’infestation de différentes forêts de chênes en France. J’essayais de comprendre si la synchronie des arbres et la variation de leur production, protégeaient leurs glands de l’infestation, en privant les insectes certaines années. Pour cela, j’ai appris les bases des statistiques pour utiliser le logiciel Rstudio qui automatise les calculs et les visualises en divers graphiques. Même si ce n’était pas mission principale, j’ai aussi aidé à récolter les données en récupérant les échantillons en forêt puis en les triant au laboratoire.
Moi qui m’intéressait à l’environnement et à l’informatique, je suis vraiment tombée sur le stage idéal où je pouvais traiter des données pour mieux comprendre ce qui se passait concrètement en forêt au cours des années.
Quelles compétences avez-vous développées ?
Coder c’est bien, mais j’ai aussi appris l’importance de rendre mon travail reproductible pour tout le monde !
En sciences, si on ne peut pas transmettre et expliquer son travail de manière à ce qu’il soit vérifié, il ne vaut pas grand-chose.
Concrètement, il me fallait annoter mon programme et ordonner ma base de données. Et puisque dans le laboratoire il y a des chercheurs de tous les horizons, j’ai aussi amélioré ma communication en anglais à leurs côtés !
Pour cerner mon sujet, j’ai fait des recherches bibliographiques et on m’a appris à mieux comprendre les résultats d’études d’autres chercheurs tout en restant critique.
Qu’est-ce qui vous a le plus intéressée ou marquée durant ce stage ?
Grâce à ce stage, j’ai pu découvrir le monde de la recherche publique que je ne connaissais pas du tout : les grandes institutions, les différents métiers, la démarche scientifique, les doctorants, les financements,… sans perdre de vue les enjeux environnementaux ! J’ai énormément appris sur les forêts, leur gestion en France et les conséquences du changement climatique : autant sur les chênes qu’en général !
Je m’étais intéressée au travail des autres équipes du laboratoire, ce qui m’a montré les différentes applications de la bio-informatique en biologie.
Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est le rythme de travail particulier dans la recherche en raison de l’arrivée constante de nouvelles idées et questions au travers des discussions et des réflexions ! Ce stage était très formateur de mon point de vue d’étudiante.
Que faites-vous aujourd’hui et cette expérience a-t-elle influencé ou facilité la suite de votre parcours ?
Maintenant, je suis en quatrième année et je suis à nouveau en stage dans la biologie. Grâce à mon expérience passée, j’ai été plus à l’aise dès ma recherche de stage car je comprenais mieux les missions des offres. Sur place, je cerne mieux le rôle de chacun dans la démarche scientifique.
Les compétences que j’ai développé en bibliographie me sont très utiles, de même qu’en anglais pour communiquer avec tout le monde.
Par ailleurs, mes nouvelles connaissances en biostatistiques me permettent de comprendre le travail de mes collègues, en plus de m’être indispensables pour analyser mes résultats, même en étant dans un autre domaine ! Ce qui est sûr, c’est que mon stage a confirmé mon attrait pour la recherche dans l’environnement et l’informatique.
Quel conseil donneriez-vous à un étudiant qui recherche ce type de stage ?
Si vous souhaitez faire un stage environnemental dans la recherche publique, je conseillerai surtout de ne pas hésitez à aller aux conférences et autres évènements (comme ceux référencés dans l’agenda Orientation Environnement) qui permettent de rencontrer directement les professionnels et de comprendre leur travail. Même si on n’est pas recruté tout de suite on en apprend énormément sur le domaine.
Et au fur et à mesure du temps j’ai trouvé que je cernais mieux les compétences qui sont vraiment importantes selon le contexte. Par exemple dans mon stage, il fallait faire preuve de curiosité (pour toujours apprendre), d’organisation (pour planifier en autonomie son travail) et savoir communiquer ses résultats (mais aussi ses difficultés). En tout cas, c’est un domaine très stimulant et qui me semble indispensable pour mieux vivre avec notre environnement !
Témoignage de Lucille T. — Propos recueillis par Orientation Environnement, septembre 2026.
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