Face au changement climatique, à l’érosion des sols et à la volatilité économique de l’agriculture conventionnelle, l’agroforesterie apparaît aujourd’hui comme une solution systémique : productive, résiliente et génératrice d’emplois qualifiés.
Bref historique : l’agroforesterie méditerranéenne, une pratique ancienne… modernisée
Bien avant d’être théorisée par la recherche agronomique, l’agroforesterie était la norme dans les paysages méditerranéens :
- cultures sous oliviers, amandiers, caroubiers,
- vignes associées à des arbres tuteurs,
- élevage extensif sous couvert arboré
→ de véritables agrosystèmes sobres et robustes, multifonctionnels, adaptés à la sécheresse.
Le XXᵉ siècle marque une rupture : mécanisation, spécialisation des cultures, disparition de l’arbre « gênant » ou obstacle aux engins agricoles, remembrement avec destruction des haies et paysage bocager.
À partir des années 1990, la recherche relance le sujet, notamment via l’INRA (devenu INRAE), avec des programmes pionniers en zone méditerranéenne.
L’agroforesterie repose sur l’association raisonnée de strates végétales complémentaires : arbres (noyer, olivier, pawlonia,…), cultures annuelles (céréales, espèces fourragères,…) et parfois élevage. Les combinaisons varient selon le climat, le sol, les objectifs économiques et les contraintes techniques.
Dans le sylvopastoralisme par exemple, on associe des arbres fourragers avec du pâturage. Cela procure un ombrage pour les animaux et des ressources fourragères complémentaires.
La plantation d’arbres légumineux à gousses (Caroubier, Févier d’Amérique,…) offre un complément riche en sucres et en protéines. Le Mûrier blanc (Morus alba, qui n’est pas une légumineuse, est également un excellent complément fourrager.
Agroforesterie aujourd’hui : état des lieux en France
15 000 à 20 000 exploitations seraient engagées, sous différentes formes avec un déploiement dans différentes filières agricoles :
- grandes cultures,
- viticulture,
- arboriculture,
- combinaison avec l’élevage : sylvopastoralisme,
- combinaison avec l’élevage et les arbres : agro-sylvopastoralisme.
On ne parle plus d’expérimentation marginale, mais d’une filière en structuration.
Enjeux majeurs de l’agroforesterie
Enjeux environnementaux :
- amélioration de la fertilité des sols,
- stockage de carbone,
- réduction de l’érosion et du stress hydrique,
- biodiversité fonctionnelle (auxiliaires, pollinisateurs),
- réduction des risques et prévention des incendies.
Enjeux agricoles :
- diversification et nouvelle répartition des revenus dans le temps,
- meilleure résilience face aux aléas climatiques,
- optimisation des ressources (eau, azote, lumière),
Enjeux économiques et sociaux :
- création d’emplois qualifiés,
- nouveaux métiers hybrides : agriculture + sylviculture + écologie + ingénierie,
- relocalisation de compétences rurales,
- développement du tourisme à la ferme.
Marché et potentiel de développement
L’agroforesterie bénéficie aujourd’hui :
- d’aides publiques (PAC, régions, agences de l’eau)
- de l’intérêt croissant des collectivités
- de la demande des filières bio, bas carbone, HVE
Le potentiel est particulièrement fort en Occitanie, région pilote historiquement et climatiquement favorable.
À la fin des années 1990, j’ai travaillé pendant un an au sein d’un laboratoire de recherche en agroforesterie de l’INRA à Montpellier, sur un réseau de parcelles expérimentales agroforestières, sous la direction de Christian Dupraz.
Les travaux portaient notamment sur la concurrence pour l’eau et les synergies entre arbres et cultures intercalaires, avec des protocoles rigoureux en conditions méditerranéennes, sur des sites comme le Domaine de Restinclières (Hérault), chez des propriétaires forestiers et éleveurs dans l’Aude, le Gard ou les Pyrénées-Orientales.
Cette immersion m’a permis de mesurer très tôt le potentiel – mais aussi la complexité – des systèmes agroforestiers.
Jérôme V.
Opportunités professionnelles et métiers
Recherche & expérimentation :
• chercheur en agroécologie,
• ingénieur agronome,
• ingénieur forestier, sylviculteur,
• chargé de projets scientifiques.
→ organismes : INRAE, universités, stations expérimentales
Conseil et accompagnement :
• conseiller agroforestier,
• chargé de mission agroécologie,
• chargé d’études,
• chargé de communication en agroforesterie.
→ employeurs : chambres d’agriculture, CRPF, associations, coopératives
Terrain et technique :
• technicien agroforestier,
• chef de chantier plantation,
• animateur territorial.
→ employeurs : collectivités, parcs naturels, entreprises spécialisées
Exemples d’offres d’emploi et de stage diffusées sur notre page recrutements en agroforestrerie :
- Stage calcul de stockage carbone pour la plantation de haies bocagères – agroforesterie – bosquet H/F
- Stage sylvopastoralisme en Livradois-Forez H/F
- Service civique agroécologie et agroforesterie H/F
Pour aller plus loin : ressources de référence sur l’agroforesterie
INRAE
L’institut public de référence en France sur l’agriculture et l’environnement.
Dossiers clairs sur les fondements agronomiques, climatiques et économiques de l’agroforesterie :
www.inrae.fr/actualites/agroforesterie-arbres-agriculture-durable
AGFORWARD
Programme européen de recherche dédié aux systèmes agroforestiers.
Très utile pour comprendre les résultats scientifiques à l’échelle européenne : www.agforward.eu
Association Française d’Agroforesterie
Acteur incontournable en France : diffusion des savoirs, accompagnement des agriculteurs, formations, plaidoyer : www.agroforesterie.fr
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Photo : parcelle expérimentale en agroforesterie, en haute-vallée de l’Aude (1997, Jerôme V.).
